PORTRAIT · ENTREPRENEURIAT · NATION BRANDING

La fondatrice de B-Unik transforme les tissus du terroir camerounais en accessoires de mode premium — et prouve, coup sur coup, que le Nation Branding commence par les mains de celles qui osent.
Par briss Magazine | Portraits & Influence
Il y a des personnes dont on comprend l’impact avant même qu’elles ouvrent la bouche. Juny Carole Nselel est de celles-là. Fondatrice de B-Unik, entreprise de création d’accessoires de mode haut de gamme à partir de matériaux du terroir camerounais, elle ne se présente pas comme une militante du patrimoine. Elle crée, simplement. Des chapeaux en paille tressée. Des sacs en tissu Ndop de l’Ouest Cameroun et Obon du centre et Sud. Des bijoux qui portent en eux des savoir-faire transmis de génération en génération. Et ce faisant, sans discours, sans manifeste, elle construit quelque chose de plus grand que ses créations : une image du Cameroun qui rayonne.

En mai 2026, lors de la deuxième édition des brissTalk consacrée au Nation Branding, B-Unik était là en tant que partenaire. Incarnée dans les chapeaux, les éventails en tissu et les accessoires offerts aux panelistes et invités spéciaux de la soirée. Pas un logo sur un roll-up. Pas un communiqué de presse. Des pièces made in Cameroon, portées par des décideurs. C’est exactement cela, le Nation Branding en action.
Briss Magazine a rencontré Juny Carole pour comprendre qui elle est, d’où elle vient, et pourquoi ce qu’elle construit compte bien au-delà du marché de la mode.
Du contrôle bancaire à l’atelier
Qui êtes-vous, Juny Carole Nselel ? Racontez-nous votre parcours avant B-Unik.
Bonjour ! Je suis Juny Carole Dechie épouse Nselel, promotrice de B-Unik, entreprise de fabrication d’accessoires de mode divers. Titulaire d’un BTS en commerce international, j’ai été par le passé employée au Crédit Mutuel SA, d’abord comme agent contrôleur, puis Contrôleur Régional pour la région du Centre, avant de démissionner — car je ne me sentais plus réellement à ma place.

Comment est née B-Unik ? Quelle était l’étincelle ?
Après ma démission, j’ai décidé de devenir femme au foyer à temps plein. C’est pendant cette période que je me découvre des talents de créatrice : je me retrouve à customiser des boucles d’oreilles, des montres, des sacs à main grâce à des tutoriels YouTube… et c’est apprécié par mon entourage. Je me dis alors que je pourrais les commercialiser. C’est dans la recherche de matériel au marché que je tombe sur une dame qui se propose de me former. Pourquoi pas ? C’est pendant cette formation que l’idée de B-Unik est née — c’était en 2017.
« Je ne m’étais jamais imaginé dans ça. Et pourtant, toute petite, ma mère cousait. Mes sœurs aussi. Je n’étais jamais passée à côté de la machine — les talents étaient là, ils attendaient. »
Depuis combien de temps B-Unik existe-t-elle ? Quelles ont été les grandes étapes ?
B-Unik est née en 2017, d’abord par la création d’une page Facebook. C’est récemment, en 2023, qu’elle existe légalement comme entreprise. Nous avons aujourd’hui un atelier de production où nous confectionnons nos accessoires, et notre boutique est en ligne où nous exposons nos réalisations.
B-Unik : une marque, une mission, un terroir

Le chapeau en tissu Ndop est l’une des créations emblématiques de B-Unik. Une pièce artisanale qui associe patrimoine culturel camerounais, élégance contemporaine et savoir-faire local.
Expliquez-nous concrètement ce que fait B-Unik. Quels sont vos produits phares ?
La mission de B-Unik, comme son nom l’indique, est de créer des accessoires de mode qui nous distinguent de la masse — qui nous rendent vraiment Unik. Nous sommes principalement dans la chapellerie de luxe : chapeaux haut de gamme façonnés à la main. À côté de cela, nous confectionnons des sacs à main, des bijoux et quelques modèles de tenue. Comme matériaux, nous utilisons la paille française et traditionnelle, les tissus traditionnels et modernes, selon les besoins de nos clients.
Pourquoi ce choix du terroir camerounais ?
Je dirai que la charité ordonnée commence par soi-même. Nous avons des richesses ici. Il serait dommage de ne pas les utiliser. Le Ndop de l’Ouest, le tissu Obon du Centre-Sud : ce sont des matières qui ont une histoire, une identité, une beauté qui n’ont rien à envier aux tissus importés.

Quelle est la mission profonde de B-Unik ? Au-delà de vendre des accessoires ?
Au-delà de la vente, nous voulons montrer notre talent à travers le monde. Et surtout faire comprendre à ceux qui nous suivent que chacun de nous possède un talent — il faut juste écouter son instinct.
Comment vous approvisionnez-vous en matières premières ?
L’approvisionnement se fait en grande partie au marché Congo. Pour ce qui est du Ndop spécifiquement, nous avons des fournisseurs aussi bien à Douala qu’à Bafoussam et Baham.
Vision, ambition et Nation Branding

Où voulez-vous emmener B-Unik dans les 3 à 5 prochaines années ?
Notre ambition première est de former la jeunesse et d’avoir des représentants aussi bien au Cameroun que dans tous les coins du monde.
Le Nation Branding était le thème central de Brisstalk II. Pensez-vous que B-Unik fait du Nation Branding sans le nommer ?
Je répondrai par l’affirmative : B-Unik a des clients à travers le monde entier. Chaque accessoire que nous envoyons quelque part dans le monde, c’est un morceau du Cameroun qui voyage.
« Chaque accessoire que nous envoyons quelque part dans le monde, c’est un morceau du Cameroun qui voyage. »
Entrepreneuriat : l’envers du décor
Quels sont les plus grands défis que vous avez rencontrés en tant qu’entrepreneuse ?
Le plus grand défi, c’est de trouver une main-d’œuvre stable. Beaucoup de personnes reçoivent la formation et disparaissent ensuite — c’est le réel challenge. Le coût des loyers aussi est très élevé.
Quel message voulez-vous adresser aux jeunes Camerounais qui hésitent encore à valoriser les richesses de leur propre culture ?
Je leur dirai de ne pas hésiter. Pas parce que c’est facile, mais parce qu’il faut oser.
« Ne pas hésiter. Pas parce que c’est facile, mais parce qu’il faut oser. »
L’éclairage BRISS
Il existe deux façons de promouvoir l’image d’un pays : le discours institutionnel, et l’acte concret. Juny Carole Nselel a choisi la seconde. En tissant du Ndop dans un chapeau, en expédiant un éventail en tissu Obon à un client à l’étranger, elle fait ce que les campagnes de Nation Branding les plus ambitieuses peinent parfois à réaliser : elle crée une expérience sensorielle et émotionnelle de ce qu’est le Cameroun. B-Unik, c’est du soft power à l’état pur.
Juny Carole Nselel
Fondatrice & CEO — B-Unik
Douala, Cameroun · Boutique en ligne disponible sur les réseaux sociaux B-Unik.
BRISS Magazine — Portraits & Influence | brissmag.com
Commentaires
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