Récit & Portrait— #brissTerrain
Depuis 2021, Edwin Eselem organise dans son village natal de Wotutu-Ewongo un tournoi de football qui a dépassé le simple cadre sportif pour devenir un symbole de réconciliation dans la Région du Sud-Ouest du Cameroun.

Edwin Eselem, Promoteur du Wotutu-Ewongo Football Tournament
La sixième édition du Wotutu-Ewongo Football Tournament a démarré le dimanche 5 juillet sur le terrain de l’école catholique de Wotutu, dans le Département du Fako. Ce qui n’était au départ qu’une initiative locale est devenu, au fil des ans, l’un des événements sportifs communautaires les plus suivis de la Région du Sud-Ouest, attirant des amateurs de football, des leaders locaux, des sponsors et des habitants venus de Limbé, Buéa, Tiko et au-delà.
Le tournoi est né dans un contexte particulier. Autrefois reconnue comme l’une des communautés agricoles les plus dynamiques du Fako — réputée pour ses tomates, ses pastèques et ses légumes — la zone de Wotutu-Ewongo a été durement affectée par la crise anglophone déclenchée en 2016, forçant de nombreux habitants à vivre dans la peur, malgré le retour progressif de la sécurité. C’est de cette réalité qu’est né le projet porté par Edwin Eselem : utiliser le football comme un outil concret de restauration du lien social.
« Le football est devenu la plateforme à travers laquelle nous avons pu réunir les gens, restaurer la confiance et reconstruire l’esprit de solidarité qui existait autrefois dans cette communauté. »
— Edwin Eselem, promoteur du tournoi
Un tournoi devenu institution

Organisateurs, partenaires, bénévoles et invités réunis avant le lancement officiel de la compétition.
Interrogé par BRISS Magazine, Edwin Eselem revient sur la genèse et l’évolution du projet : « L’événement a été créé pour rassembler notre communauté autour de l’amour du football, en offrant aux jeunes une scène pour montrer leur talent tout en renforçant les liens entre familles et villages. C’est devenu une tradition qui promeut l’unité, la discipline et la résilience, et chaque édition ajoute une nouvelle couche de joie et de sens. »
La première édition, se souvient-il, était modeste : des terrains poussiéreux, un équipement minimal, mais une passion débordante. Au fil des années, la participation a grossi, des trophées et médailles ont été introduits, puis des animations culturelles — musique, danse — sont venues enrichir la célébration. Les éditions récentes ont attiré une présence médiatique plus forte et un engagement communautaire élargi, faisant du tournoi un véritable rendez-vous culturel autant que sportif.
Le coup d’envoi de la 6ᵉ édition

Le coup d’envoi officiel de la sixième édition a été donné par Dr Francisca Biaka devant les équipes et les autorités présentes
Le match d’ouverture, disputé entre les champions en titre de Mami Dinga et les Progressive Youths, s’est soldé par un score vierge (0-0), mais a offert un spectacle disputé qui augure d’une compétition relevée. Le coup d’envoi de cette sixième édition a été donné par Dr Francisca Biaka, qui a également insisté sur l’importance de combiner le sport à l’éducation et à la formation professionnelle, encourageant les jeunes à devenir des créateurs d’emplois plutôt que de simples chercheurs d’emploi.

Côté terrain, les capitaines ont salué la motivation apportée par les organisateurs : Peter Ako, capitaine de Mami Dinga FC, a évoqué les primes offertes aux équipes comme une source d’encouragement, tandis que Derick Takang, capitaine des Progressive Youths, s’est dit confiant après ce match nul, estimant que son équipe avait démontré sa capacité à rivaliser avec les favoris du tournoi.

Plusieurs personnalités administratives, universitaires et communautaires ont répondu présentes à cette cérémonie d’ouverture.
La députée Becke Julie a, de son côté, encouragé les jeunes participants à rester concentrés sur leurs ambitions, rappelant que le sport peut ouvrir des portes vers de plus grandes opportunités, malgré les difficultés de la vie. Le chef traditionnel local a quant à lui salué la qualité de la rencontre d’ouverture, remerciant les organisateurs, les sponsors et les médias pour leur soutien à l’initiative.
Un tournoi, deux catégories, un vrai dispositif
Loin de l’image d’un simple tournoi de quartier, l’édition 2026 déploie une organisation structurée :
- 12 équipes masculines et 8 équipes féminines
- 192 joueurs et 128 joueuses

- 8 officiels et 8 membres du comité d’organisation
- Un précédent record cumulé de 50 000 spectateurs lors de la dernière édition
- Une audience estimée à plus de 5 000 habitants à Wotutu et plus de 10 000 dans la zone de Bonjongo
- Des invités de marque : parlementaires, artistes, universitaires, chefs traditionnels et religieux, membres de la société civile

La dotation financière reflète également le sérieux du dispositif. Chez les hommes : 500 000 FCFA pour les vainqueurs, 300 000 FCFA pour les finalistes, 100 000 FCFA pour la troisième place, ainsi que des primes de 50 000 FCFA pour le meilleur joueur, le meilleur gardien et l’équipe la plus fair-play. Chez les femmes : 200 000 FCFA pour les championnes, 100 000 FCFA pour les finalistes, 50 000 FCFA pour la troisième place, et les mêmes primes catégorielles de 50 000 FCFA.

Au-delà du football, le projet porte une vision de développement communautaire durable.
Au-delà du terrain, le tournoi porte un volet social assumé : dotation en matériel scolaire et didactique pour la communauté de Wotutu-Ewongo, séances de mentorat pour les filles et les femmes, et un fonds de bourses pour l’année scolaire 2025-2026.
L’an dernier seul, 50 bourses ont été offertes à des élèves et étudiants de la communauté, avec l’ambition d’en augmenter le nombre grâce à des partenariats supplémentaires cette année. Des partenaires comme Orange Cameroun, Biaka University, Vista Print Co. Ltd, Image Nation et New Vision soutiennent déjà cette dynamique.
Portrait : Edwin Eselem, un fils du village devenu bâtisseur
Ce qui frappe dans le parcours du Wotutu-Ewongo Football Tournament, c’est la constance d’un homme, Edwin Eselem, qui a transformé un attachement personnel à son village natal en un projet structurant pour toute une communauté. Il ne s’agit pas d’un événement ponctuel financé de l’extérieur, mais d’une initiative pilotée depuis l’intérieur, année après année, avec la conviction que le sport peut réparer ce que le conflit a fragilisé.
« Les sponsors jouent un rôle vital dans le maintien de cette vision, explique-t-il. Les entreprises locales contribuent financièrement ou en nature, les membres de la diaspora envoient équipements et fonds pour garder le lien vivant, et parfois des institutions s’impliquent pour soutenir l’autonomisation des jeunes. »
Une manière, pour Edwin Eselem, de démontrer qu’un projet né dans un village peut fédérer aussi bien les forces vives locales que la diaspora camerounaise, sans jamais perdre son ancrage communautaire.
« Ce n’est pas seulement une question de football. Il s’agit d’identité, d’espoir et de vivre-ensemble. »
— Edwin Eselem
Le regard BRISS Magazine

Ce que réussit Edwin Eselem avec le Wotutu-Ewongo Football Tournament mérite d’être lu au-delà du simple récit sportif. C’est un cas d’école de ce que BRISS Magazine appelle une dynamique communautaire ascendante : au lieu qu’une marque ou une institution impose un dispositif de communication ou de RSE depuis l’extérieur, c’est un porteur de projet issu de la communauté elle-même qui construit, année après année, une plateforme suffisamment crédible pour attirer des sponsors, des médias nationaux et des personnalités politiques.
Cette crédibilité organique est précisément ce que recherchent aujourd’hui les marques et institutions soucieuses de leur image dans les zones post-conflit : s’associer à une initiative dont l’authenticité n’est plus à prouver, plutôt que de créer de toutes pièces un événement dont l’ancrage local resterait artificiel. Les chiffres parlent d’eux-mêmes — 50 000 spectateurs cumulés, plus de 300 joueurs et joueuses, une couverture médiatique nationale — pour un tournoi né sur des terrains poussiéreux il y a seulement cinq ans.
Le second enseignement, pour les décideurs marketing et communication, tient au modèle de financement hybride mis en place : entreprises locales, diaspora et institutions se retrouvent autour d’un même projet, chacune y trouvant une forme de visibilité et de sens. C’est un modèle réplicable, qui montre qu’un partenariat de sponsoring bien pensé, dans une dynamique de terrain, peut produire un impact social mesurable. Bourses scolaires, mentorat, matériel pédagogique, tout en construisant une association de marque forte et durable.
Enfin, ce tournoi illustre une vérité que BRISS Magazine défend depuis sa création : la communication la plus puissante n’est pas toujours celle qui se pense en agence, mais celle qui naît sur le terrain, portée par une personne convaincue, et qui grandit avec la confiance progressive d’une communauté. Edwin Eselem n’a pas construit une campagne. Il a construit une institution.
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