
Une image réductrice…
Dans les années 80 à 2000, le Bénin évoquait un imaginaire mystique, la sorcellerie… Cotonou était
perçue comme cœur battant du commerce informel : friperies à grande échelle, marchés grouillants,
transit de marchandises vers le grand Nigeria, 16 fois plus peuplé et presque 10 fois plus vaste.
Bref…un petit pays trop sage, coincé dans l’ombre du géant nigérian, et sans véritable voix.
2016 : La nouvelle trajectoire
Avec l’arrivée de Patrice Talon, homme d’affaires devenu président, le pays adopte une logique quasi
entrepreneuriale : diagnostic, feuille de route, exécution. S’ensuit une rafale de réformes: modernisation
du port de Cotonou, zone économique spéciale de Glo-Djigbé, digitalisation de la fiscalité, e-visa,
appui à la formalisation des jeunes entrepreneurs. En 3ans, le nombre de jeunes entrepreneurs
formalisés est multiplié par 3.
Les observateurs sont unanimes : Le Bénin bouge!
“Le Bénin aujourd’hui, ce n’est plus du tout le même qu’il y a dix ans…un gros gap est en train d’être
comblé… Ça évolue très vite et dans le bon sens” Romuald Wadagni, Ministre de l’Economie, des Finances et des programmes de dénationalisation.

Sur le terrain, plus de 650 km de routes réhabilitées, trottoirs réaménagés, l’éclairage public
installé, des espaces verts créés… Mais aussi une campagne vigoureuse de déguerpissements
qui a redessiné l’urbanisme de Cotonou.
L’idée est claire : un Bénin qui circule mieux commerce mieux, et un Bénin qui commerce mieux
pèse davantage sur la carte économique africaine.

Vers le positionnement de la marque-pays Bénin
Le Bénin a compris que la force d’une nation ne se mesure pas seulement à son PIB : elle réside
aussi dans son récit: Les États-Unis ont le “Rêve américain”, la France son “Art de vivre”,
l’Afrique du Sud son image de “Nation arc-en-ciel”.
LA QUESTION : Quel récit fort et différenciant pour le Bénin, dans une région où le Nigeria
capitalise sur sa puissance démographique et économique, le Ghana attire la diaspora avec
son “Year of the return”, le Sénégal se présente comme hub culturel et la Côte d’Ivoire moteur
économique de la sous-région ?
LA RÉFLEXION : Conscient qu’il ne possède ni or, ni gaz, ni pétrole, le Bénin sait aussi qu’il
détient un grand trésor : Son patrimoine immatériel d’une rare densité, porté par les récits du
courage des Amazones, l’épopée de Behanzin, les traces de la traite négrière, les mystères du
Vaudou, les pythons surnaturels de Ouidah… Visiter le Bénin c’est comme parcourir un grand
livre d’histoire ouvert. Et C’est là, dans cette culture et ses mystères que se trouve la singularité
du pays des Agodjié. C’est son ADN.
La mise en musique de son ADN.
En 2021, le retour de 26 trésors royaux volés par la France est un moment fondateur : Preuve
que le Bénin a peut-être perdu des batailles dans le passé, mais il n’a jamais perdu sa
mémoire. L’année suivante, l’Amazone est érigée au cœur de Cotonou : une statue
monumentale de plus de 30 mètres, hommage aux guerrières du Dahomey.

À l’aéroport, le monument du guerrier Bio Guéra, dressé sur son pur-sang se tient comme une
sentinelle nationale. Ces monuments ne sont pas cosmétiques. Ils rappellent au monde que l’histoire du Béninois est un vivrier unique et stratégique.

Le vaudou raconté autrement: D’un stigmate à la fierté.
Longtemps caricaturé, le vaudou est aujourd’hui assumé et réenchanté. Les Vodoun Days, devenus
fête nationale en 2024, ont attiré en 2025 environ 500 000 participants du monde entier. Ce qui fut
effrayant devient désormais un marqueur une ressource d’attractivité.

Le Bénin, maître de la diplomatie mémorielle.
Le pays des Amazones se positionne comme terre de retour des Afro-descendants. L’accueil de
figures comme Spike Lee, Ciara ou Lauryn Hill, souvent honorés de la nationalité, traduit une
diplomatie mémorielle : Ici, la douleur de la traite est transformée en élément identitaire. La diaspora
vient désormais au Bénin pour renouer, pas seulement pour visiter, et parfois pour investir.
Évidemment, des publications digitales de Ciara ou Lauryn Hill au Bénin font automatiquement
grimper le désir de découverte du pays auprès de leurs millions de followers.

Bénin, le nouveau “Place to be”
Classé parmi les 25 destinations les plus attractives du monde en 2025 ( selon Forbes Afrique), le
Bénin vise 2 millions de touristes par an à l’horizon 2030. En l’espace de 2 mois, 3 bateaux de
croisière venus des Amériques ou d’Australie ont accosté au Port de Cotonou.
Ces performances résultent entre autres de l’audace du Bénin : Oser transformer son héritage
historique et spirituel en offre inédite, et ses efforts économiques en promesse de confiance.
Renverser les idées reçues pour proposer un regard valorisant et authentique du Bénin, c’est tout
l’exploit de la stratégie de marque pays de la terre des agodjié.
Pour exemple, aujourd’hui, on parle moins de sorcellerie, on dit de plus en plus spiritualité vibrante.

La Masterclass Béninoise à l’usage des pays africains.
L’expérience du Bénin enseigne 3 choses essentielles aux nations africaines :
- Il n’existe pas de petit pays. Il n’existe que des pays qui se voient petits.
- Ne pas posséder de ressources naturelles foisonnantes n’est pas un handicap. C’est parfois une incitation à inventer un autre modèle de puissance.
- Le pouvoir du récit est structurant. Un pays rayonne non seulement par ses infrastructures, mais aussi par l’histoire qu’il choisit de raconter et par les preuves qui soutiennent son histoire.
Alors…Quelle histoire votre pays peut-il raconter ? Qu’est-ce qui la rend crédible ? Quelles actions
tangibles la soutiennent ?

Serge-Éric Tchokokwe est Senior Strategy Manager au sein du Groupe Voodoo. Stratège des marques en Afrique, il accompagne les décideurs et conçoit des campagnes à fort impact dans une dizaine de pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale. Son rôle : transformer chaque projet en levier de valeur utile, rentable et capable de marquer son époque.
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