LEADERSHIP · PORTRAIT · MOBILITÉ ÉLECTRIQUE

Alain Guy Etoundi Esomba, Directeur Général de Spiro Cameroun.
Il y a onze mois, rien n’existait. Pas de bureaux, pas d’équipe, pas une seule moto électrique en circulation à Douala. Aujourd’hui, Spiro Cameroun a produit plus de 800 motos dans sa propre usine, en a mis plus de 500 en circulation, et vise 20 000 véhicules électriques sur l’ensemble du territoire d’ici un an. À la tête de cette aventure : Alain Guy Etoundi Esomba, Directeur Général de Spiro Cameroun, dont le parcours de deux décennies converge aujourd’hui vers un seul terrain — faire entrer l’Afrique dans la mobilité électrique, un pays à la fois.
Vingt ans de terrain avant l’électrique
Le nom d’Alain Guy Etoundi Esomba n’est pas nouveau dans les infrastructures africaines. Depuis plus de vingt ans, il a construit et dirigé des réseaux dans huit pays du continent — Cameroun, Tchad, Mali, Gabon, République démocratique du Congo. Chez Ericsson, Vodafone, ZTE, Airtel, puis IHS Towers où il a dirigé les opérations régionales pendant cinq ans, il a fait ses armes sur des projets d’une exigence rare : déployer des réseaux 4G dans des zones rurales enclavées, construire des centres de données, moderniser des infrastructures télécoms dans des marchés où tout reste à bâtir.
Ce n’est qu’en 2025, chez SPIRO, qu’il prend la tête du département énergie pour le cluster Afrique de l’Ouest — un premier pas délibéré vers la transition énergétique. Six mois plus tard, il est nommé Directeur Général pour le Cameroun. Le virage n’est pas un hasard de carrière. C’est la bascule logique d’un bâtisseur d’infrastructures vers le secteur où l’Afrique a le plus besoin de bâtisseurs aujourd’hui.
Partir de rien, construire une entreprise
Quand Alain Guy Etoundi Esomba arrive au Cameroun pour Spiro, il n’hérite d’aucune structure. Pas de bureaux, pas d’équipe, pas de marque connue sur le marché local. Il faut tout créer : recruter, former, convaincre des partenaires de faire confiance à un produit qu’ils n’ont encore jamais vu circuler dans leurs rues. Aujourd’hui, Spiro Cameroun compte près de 200 collaborateurs, en intégrant les employés des sociétés de placement partenaires.
Le symbole le plus visible de cette construction est l’usine d’assemblage de Ndogsimbi, à Douala, opérationnelle depuis juin 2026. Elle emploie 60 jeunes diplômés camerounais et tourne aujourd’hui à une capacité de 50 motos assemblées par jour.

Des techniciens procèdent à l’assemblage de motos électriques Spiro au Cameroun.
Convaincre un pays de changer d’habitude
Le vrai défi n’était pas industriel, il était culturel. Au Cameroun, la moto-taxi à essence est une institution. Y substituer l’électrique, dans un pays où le réflexe n’existait tout simplement pas, relevait du pari.
« Tout changement se fait difficilement. La peur de l’inconnu, les risques liés à la conduite d’un véhicule 100% électrique, surtout que nous avons lancé en pleine saison de pluie, l’anxiété due à l’autonomie de la batterie, de sa recharge. »
— Alain Guy Etoundi Esomba, Directeur Général de Spiro Cameroun
Face à ces résistances, l’équipe a choisi de répondre par les chiffres plutôt que par le discours. Une batterie pleine permet de parcourir jusqu’à 100 km pour un coût de 1 200 FCFA, contre 1 780 à 2 100 FCFA pour la même distance en essence — soit une économie pouvant atteindre 1 000 FCFA par jour pour un conducteur. Un réseau de stations de recharge, aux normes de sécurité strictes, complète le dispositif : Spiro reste responsable de l’intégralité du cycle de vie de la batterie, de sa mise en service jusqu’à son recyclage.

Moto Spiro dans les rues de Douala
Une réalité industrielle en marche
Les chiffres, justement, racontent une histoire qui dépasse le discours commercial. À ce jour, l’usine de Ndogsimbi a produit plus de 800 motos électriques, dont plus de 500 sont déjà en circulation dans la ville de Douala. Le réseau de recharge compte 21 stations actives, avec 18 supplémentaires en construction — 10 à Douala, 8 à Yaoundé — dont la mise en service est prévue pour fin août 2026.
Mais s’il devait retenir un seul jalon de cette première année, Alain Guy Etoundi Esomba pointe une date précise : le 29 avril 2026, jour où 40 motos ont été mises en circulation commerciale.
« 40 motos mises en circulation le 29 avril 2026. Cela a marqué l’aboutissement de près d’un an de travail de toute l’équipe et le vrai début de notre aventure commerciale au Cameroun. »
— Alain Guy Etoundi Esomba, Directeur Général de Spiro Cameroun
Ce succès, il ne l’attribue pas qu’à son équipe. Le soutien des autorités camerounaises en faveur de la mobilité verte et la confiance de partenaires locaux, qui ont cru au produit avant même sa disponibilité sur le marché, ont été déterminants pour installer Spiro durablement.
Le cap : les douze prochains mois

L’ambition affichée pour l’année à venir n’a rien de timide. Spiro Cameroun vise :
- 20 000 motos électriques en circulation sur l’ensemble du territoire national
- Une expansion géographique vers les régions du Centre et de l’Ouest
- Un réseau porté à 300 stations de recharge opérationnelles
- Un minimum de 1 200 employés directs, sans compter les emplois indirects générés chez les partenaires
Le regard BRISS Magazine
Ce que raconte le parcours d’Alain Guy Etoundi Esomba dépasse le cas d’un dirigeant qui réussit. C’est le profil d’un type de leadership qui commence à peine à émerger en Afrique centrale : l’expert technique devenu bâtisseur de marché, capable de traverser huit pays et plusieurs industries sans jamais quitter un seul fil conducteur — la conviction que l’infrastructure est le socle sur lequel tout le reste se construit.
Il n’est pas arrivé au Cameroun pour gérer une filiale existante. Il est arrivé pour créer une entreprise à partir de rien, dans un secteur que personne, ou presque, n’attendait à cette échelle sur le marché local. Une usine qui tourne, des centaines d’emplois créés, un changement d’habitude imposé à des milliers de conducteurs qui ne juraient que par l’essence : peu de dirigeants peuvent revendiquer un tel niveau de transformation concrète en moins d’un an de mandat.
C’est précisément ce qui rend cette trajectoire digne d’être suivie. Après vingt ans à bâtir les infrastructures des autres, Alain Guy Etoundi Esomba bâtit aujourd’hui la sienne — et avec elle, une pièce de l’avenir énergétique du Cameroun. Si cette première année est un indicateur, la suite mérite d’être observée de près.
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