
À l’heure où l’intelligence artificielle, la data, les réseaux sociaux et les nouveaux usages des consommateurs redessinent les métiers, les attentes vont au-delà d’un simple renouvellement des dirigeants. Les professionnels attendent une organisation capable de défendre leurs intérêts, de valoriser leurs expertises, de former la relève et de peser dans les décisions qui concernent le secteur.
Après plusieurs années de fonctionnement, l’ACPMC se retrouve ainsi à un moment charnière de son histoire. L’enjeu n’est plus seulement de rassembler les acteurs du marketing et de la communication, mais de faire de cette communauté professionnelle une véritable force de proposition, d’influence et de création de valeur pour les entreprises et l’économie camerounaise.
Parmi les candidatures à cette succession figure Télésphore Tueno, Directeur Marketing et Communication groupe chez Africa Group Co, enseignant-formateur depuis 2011, auteur de deux ouvrages et engagé depuis neuf ans au sein de l’association. À la tête de la liste ACPMC MOMENTUM, il défend un projet articulé autour de la structuration de l’association, de la reconnaissance des métiers, de l’influence institutionnelle et de la valeur concrète de l’adhésion.
Mais au-delà des ambitions affichées, quelles garanties de continuité ? Quelle place pour les jeunes professionnels ? Comment faire entendre la voix des marketeurs et communicants auprès des décideurs ? Et surtout, sur quels résultats juger le prochain bureau ?

Élection ACPMC 2026 : Télésphore Tueno présente MOMENTUM
BRISS Magazine a soumis sept questions à Télésphore Tueno pour comprendre sa vision, ses priorités et les engagements qu’il entend porter s’il est élu à la présidence de l’ACPMC. Grand entretien.
1. Le parcours : d’où vous parlez
BRISS Magazine : Directeur Marketing et Communication Groupe chez Africa Group Co, enseignant-formateur depuis 2011, auteur de deux ouvrages, doctorant en sciences de l’information et de la communication, et neuf ans d’engagement au sein de l’ACPMC. Qu’est-ce que ce double regard, entre l’entreprise et l’amphithéâtre, vous a appris sur ce qui manque aujourd’hui à notre profession ? Et pourquoi décider maintenant de porter la présidence ?
Télésphore Tueno : Mon parcours m’a permis d’observer notre profession sous plusieurs angles : celui des agences-conseils (B&C, Pertinence, Tendances Scénic), celui des entreprises, mais aussi celui de l’enseignement et de la recherche. J’en tire une conviction : le Cameroun ne manque ni de talents ni de compétences en marketing et en communication. Ce qui nous manque davantage, c’est une capacité collective à structurer, valoriser et faire reconnaître ces compétences.
Dans les entreprises, je mesure quotidiennement les exigences de performance et de création de valeur. Dans les amphithéâtres des écoles de management et de commerce, je rencontre des jeunes talentueux et ambitieux, mais qui ont besoin de repères, d’accompagnement et de perspectives professionnelles. Entre ces deux univers, les passerelles restent insuffisantes.
Après neuf années d’engagement au sein de l’ACPMC, j’ai acquis la conviction que notre association pouvait précisément contribuer à combler ces écarts.
Pourquoi maintenant ? Parce que nos métiers connaissent des mutations profondes et que nous ne pouvons plus nous satisfaire d’une organisation professionnelle dont le potentiel demeure insuffisamment exploité.
Ma candidature est donc l’expression d’une volonté de servir, de fédérer et d’agir. Je souhaite mettre mon expérience au service d’un collectif capable de transformer notre potentiel professionnel en une véritable force d’influence et de création de valeur.
2. Le diagnostic : la lucidité avant la promesse
BRISS Magazine : Le dernier bureau de l’association a été élu en 2023. Pendant ce temps, nos métiers ont été bouleversés par le digital, les réseaux sociaux, la data et l’intelligence artificielle. Quel regard lucide portez-vous sur cette période, et qu’est-ce qui garantit aux membres que l’ACPMC ne retombera pas en veille après l’enthousiasme d’une élection ?
Télésphore Tueno : Je crois qu’il faut aborder cette période avec lucidité, mais aussi avec équité. L’ACPMC s’est construite grâce à l’engagement de plusieurs générations de professionnels, et il serait injuste de méconnaître leur contribution. Pour autant, nous devons reconnaître que notre association n’a pas encore atteint le niveau de structuration, de continuité et d’influence auquel elle peut légitimement prétendre.
Or, pendant ce temps, notre environnement professionnel évolue à une vitesse considérable. Les frontières traditionnelles de nos métiers et nos juridictions professionnelles sont profondément redéfinies sous l’effet des avancées technologiques et de l’émergence de nouveaux acteurs. Le risque n’est pas seulement de perdre des territoires de compétences, mais de laisser d’autres acteurs définir à notre place l’avenir de nos métiers.
Face à ces mutations, nous avons besoin d’une association plus organisée, plus proactive et capable de porter une voix collective forte.
Mais comment éviter de retomber dans les mêmes difficultés ? En faisant de la continuité institutionnelle une exigence de gouvernance, et non une simple promesse électorale.
Avec MOMENTUM, nous proposons quatre vice-présidences dotées de feuilles de route, d’objectifs mesurables et d’un suivi trimestriel. Nous prévoyons également une Mémoire numérique pour capitaliser sur les acquis, ainsi que des mécanismes de mobilisation des membres et de suivi opérationnel des activités.
Notre ambition est de faire fonctionner l’ACPMC comme une organisation durable, dont la vitalité ne dépend ni d’un événement, ni d’un individu, ni d’un mandat.
3. L’enjeu prioritaire : le combat à mener
BRISS Magazine : Si vous deviez nommer un seul enjeu pour le marketing et la communication au Cameroun, celui qui, s’il n’est pas traité, coûtera le plus cher aux entreprises comme aux professionnels, lequel serait-ce ? Et que peut réellement une association face à cet enjeu, là où une entreprise seule ne peut rien ?
Télésphore Tueno : Si je devais retenir un seul enjeu, ce serait la reconnaissance de la contribution stratégique du marketing et de la communication à la création de valeur dans les organisations.
Ces métiers sont encore trop souvent perçus comme des fonctions d’appui ou des centres de coûts, alors qu’ils constituent de véritables leviers de croissance, de compétitivité et de renforcement de la réputation des organisations.
Dans nombre de PME, par exemple, les professionnels du marketing et de la communication ne sont sollicités qu’une fois le produit ou le service conçu et prêt à être commercialisé. On attend alors d’eux qu’ils en assurent la promotion, alors que leur expertise aurait dû être mobilisée bien en amont, dès l’identification des besoins du marché, la conception de l’offre et la définition de sa proposition de valeur.
C’est précisément cette perception réductrice de nos métiers que nous devons collectivement faire évoluer.
Pour faire évoluer cette perception, nous devons être capables de mieux documenter notre contribution, de produire des analyses sur notre secteur et de porter une voix collective auprès des décideurs. Une entreprise peut défendre ses propres intérêts, mais elle ne peut pas, à elle seule, représenter toute une profession ni faire évoluer durablement son environnement.
C’est là que l’ACPMC doit jouer pleinement son rôle. Avec MOMENTUM, nous proposons notamment de mettre en place un Baromètre du marketing et de la communication au Cameroun, de développer un Think Tank réunissant praticiens et chercheurs, de produire des contenus de référence et de structurer un véritable travail de plaidoyer auprès des pouvoirs publics, des institutions et des organisations professionnelles.
L’enjeu est de faire reconnaître nos métiers à leur juste valeur et de donner aux professionnels les moyens de rester compétitifs.
4. L’influence : être écoutée par les décideurs
BRISS Magazine : Votre vision promet une ACPMC « écoutée par les décideurs ». Concrètement, quels décideurs, et sur quels dossiers ? Sur quel sujet l’association prendra-t-elle publiquement position au cours de vos douze premiers mois, et qu’est-ce que vous voulez obtenir ?
Télésphore Tueno : Lorsque nous parlons d’influence, nous pensons à la capacité de l’ACPMC à faire entendre la voix de notre profession auprès des pouvoirs publics, des collectivités territoriales, des organismes de régulation, des organisations patronales et des décideurs économiques.
Mais pour être légitime et pertinente, cette influence doit d’abord se construire à partir des préoccupations réelles de nos membres. C’est pourquoi nous engagerons, dès la première année, une concertation avec les annonceurs, les agences, les régies et les autres acteurs de notre écosystème, afin d’identifier les enjeux prioritaires et de construire des positions collectives documentées.
Plusieurs sujets méritent notre attention : la reconnaissance de nos métiers, les mutations liées à l’intelligence artificielle et à la data, mais aussi les conditions d’exercice de nos professions, notamment en matière de réglementation publicitaire.
Parmi les premiers dossiers que je souhaite soumettre à cette concertation figure celui des difficultés liées au recouvrement des redevances publicitaires, notamment les situations de réclamations multiples pour des prestations ayant déjà donné lieu à des paiements auprès des régies.
Notre objectif sera de documenter ces difficultés, de clarifier les responsabilités des différents intervenants et de porter, auprès des autorités compétentes, des propositions visant à sécuriser les pratiques et à améliorer la lisibilité des obligations applicables.
Je souhaite qu’au terme de notre première année, l’ACPMC ait produit au moins une position publique argumentée sur un enjeu prioritaire de la profession et engagé un dialogue institutionnel autour de propositions concrètes.
5. L’équipe : le pari collectif

BRISS Magazine : MOMENTUM réunit 15 professionnels et confie à chacun des quatre vice-présidents un chantier, avec des objectifs et des résultats attendus. Si vous deviez définir votre équipe en une phrase, quelle serait-elle ? Qu’est-ce qui, dans sa composition, vous convainc qu’elle tiendra la distance ?
Télésphore Tueno : MOMENTUM, c’est une équipe de compétences complémentaires, réunies autour d’une ambition commune : transformer notre engagement associatif en résultats concrets pour la profession.
Ce qui me rassure, c’est la cohérence entre les profils mobilisés, les responsabilités confiées et les défis que nous voulons relever. Nos quatre vice-présidents porteront chacun un chantier stratégique, avec des objectifs précis et une obligation de résultats.
Mais je voudrais insister sur une conviction profonde : une association n’est forte que par l’engagement de ses membres, leur énergie et leur générosité dans l’action collective organisée.
Nous pouvons concevoir le programme le plus ambitieux, réunir des consœurs et confrères compétents, planifier des actions structurantes et même remporter une élection. Mais si, au bout de tout cela, nous ne parvenons pas à susciter l’adhésion et l’engagement de celles et ceux avec qui nous sommes appelés à faire cause commune, nous n’irons pas bien loin.
La véritable force de MOMENTUM ne sera donc pas seulement son équipe dirigeante, mais sa capacité à mettre toute l’ACPMC en mouvement.
J’invite ainsi les membres de l’ACPMC, mais également tous les professionnels et les entreprises du marketing et de la communication, à nous rejoindre et à s’engager activement pour faire progresser nos métiers.
Car l’ACPMC que nous voulons bâtir ne sera pas l’œuvre d’un président ou d’un bureau. Elle sera notre œuvre collective.
6. Le modèle : la valeur de l’adhésion
BRISS Magazine : Beaucoup d’associations professionnelles s’essoufflent parce que l’adhésion ne rapporte pas assez au membre. Votre programme mise sur les cotisations, le sponsoring et les formations payantes. Qu’est-ce qu’un professionnel, un étudiant ou une entreprise gagnera concrètement à adhérer ? Et comment préserver l’indépendance de l’ACPMC vis-à-vis de ses sponsors ?
Télésphore Tueno : Je pars d’un principe simple : l’adhésion à une association professionnelle ne doit pas reposer uniquement sur un élan de solidarité. Elle doit aussi constituer un investissement utile, dont chaque membre peut percevoir la valeur dans l’exercice de son métier et dans son évolution professionnelle.
Pour un professionnel, cela signifie accéder à des opportunités de développement des compétences, à des contenus de référence, à un réseau qualifié et à une organisation capable de défendre les intérêts de son métier.
Pour un étudiant ou un jeune diplômé, l’intérêt réside notamment dans l’accès au mentorat, aux rencontres professionnelles et aux passerelles vers l’emploi.
Pour une entreprise, l’ACPMC doit devenir un partenaire crédible pour identifier des compétences, comprendre les évolutions du marché et contribuer au développement des standards professionnels.
Nous voulons également déployer une offre d’adhésion différenciée et développer le programme ACPMC Privilèges, afin de rendre certains bénéfices immédiatement perceptibles.
Concernant notre indépendance, ma position est claire : un sponsor peut soutenir les activités de l’ACPMC, mais il ne doit jamais orienter ses positions ni dicter ses prises de parole.
Cela suppose une gouvernance financière transparente, des partenariats encadrés et une diversification des ressources.
L’enjeu est de construire un modèle économique durable, sans compromettre notre liberté de jugement ni notre mission de représentation.
7. Le verdict : la mesure du succès
BRISS Magazine : Vous affirmez que MOMENTUM « n’est pas une promesse de plus, c’est une méthode vérifiable ». Dans douze mois, vous présenterez votre bilan. Quel indicateur vous fera dire « nous avons réussi », et lequel, s’il n’est pas atteint, vous obligera à reconnaître que vous avez échoué ?
Télésphore Tueno : Je ne voudrais pas réduire la réussite de l’ACPMC à un seul indicateur. La transformation que nous proposons est à la fois institutionnelle, organisationnelle et professionnelle. Elle doit donc s’apprécier à travers plusieurs résultats.
Mais s’il fallait retenir un indicateur central, ce serait la progression et la fidélisation de nos membres. Car une association de référence est d’abord une association qui rassemble, qui mobilise et à laquelle ses membres trouvent de bonnes raisons de rester attachés et de contribuer.
Naturellement, nous mesurerons également nos réalisations : le site internet, l’annuaire professionnel, les offres d’adhésion, les masterclasses, le mentorat, le Forum annuel et nos publications de référence.
Ces engagements feront l’objet d’un suivi trimestriel et d’une reddition régulière des comptes.
Mais je tiens à faire une distinction essentielle : réaliser un programme ne signifie pas nécessairement réussir une transformation.
Si, dans douze mois, malgré les actions engagées, nous ne constatons pas une dynamique positive d’adhésion, de fidélisation et de participation des membres, nous devrons reconnaître que nous n’avons pas encore réussi notre pari collectif.
Car, au fond, notre réussite ne se mesurera pas seulement à ce que l’ACPMC aura réalisé, mais à ce qu’elle sera devenue pour ses membres et pour la profession.
ACPMC 2026 : au-delà de l’élection, le défi de la transformation
À travers cet entretien, Télésphore Tueno expose les grandes orientations de la liste MOMENTUM : une gouvernance structurée, une association plus influente, des services concrets pour ses membres et des engagements évaluables dans le temps.
Ces propositions interviennent à un moment où les professionnels du marketing et de la communication au Cameroun sont confrontés à de profondes transformations de leurs métiers, mais aussi à des enjeux persistants de reconnaissance, de formation, de représentation et de compétitivité.
Le scrutin du 7 novembre 2026 constituera une étape importante dans la vie de l’ACPMC. Mais le véritable défi se jouera après les urnes : dans la capacité du futur bureau à mobiliser durablement les membres, à transformer les engagements en réalisations et à faire entendre la voix de la profession.
Pour BRISS Magazine, une question demeure au cœur de cette échéance : quelle place les professionnels du marketing et de la communication veulent-ils réellement occuper dans l’économie camerounaise de demain ?
Entretien réalisé par BRISS Magazine.
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